Accès aux soins en France : ce que révèle le baromètre 2026

20/3/2026
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Le troisième Baromètre de l'accès aux soins, publié le 17 mars 2026 par la Fédération Hospitalière de France (FHF) en partenariat avec Ipsos BVA, confirme une tendance qui s'installe depuis plusieurs années. À savoir que les Français accèdent de plus en plus difficilement aux soins. Délais d'attente allongés, renoncements en hausse ou urgences sollicitées faute d'alternative, l'enquête menée auprès de 2 500 personnes représentatives de la population française apporte des éléments concrets pour comprendre l'état du système de santé aujourd'hui.

73 % des Français ont renoncé à des soins : un seuil historique

C'est le chiffre le plus marquant de ce baromètre. Près de trois Français sur quatre déclarent avoir déjà renoncé à au moins un acte médical au cours des cinq dernières années. En 2024, cette proportion était de 63 %. En deux ans seulement, le phénomène a donc gagné 10 points supplémentaires, ce qui représente environ sept millions de personnes de plus contraintes d'espacer ou d'abandonner leur parcours de soins.

La situation est encore plus marquée chez les jeunes adultes. Parmi les moins de 35 ans, le taux de renoncement atteint 85 %. Une génération pourtant réputée plus connectée et mieux informée sur les questions de santé mais qui se heurte aux mêmes obstacles que ses aînés comme des délais de prise en charge interminables, des coûts dissuasifs et des déserts médicaux qui s'étendent.

Alors, pourquoi les Français renoncent-ils ? Dans plus de la moitié des cas, c'est l'attente pour obtenir un rendez-vous qui décourage les patients. Les raisons financières arrivent en deuxième position, concernant quatre personnes sur dix. L'éloignement géographique des professionnels de santé constitue le troisième frein, en progression constante depuis deux ans.

Ces trois facteurs touchent l'ensemble du territoire mais s’accentuent dans les zones rurales et les petites agglomérations, où plus d'un habitant sur deux estime avoir du mal à se soigner près de chez lui. Une réalité qui se reflète aussi dans les délais d'attente.

Des délais d’attente qui ont triplé depuis 2019

Pour mesurer concrètement la dégradation de l'accès aux soins, le baromètre interroge chaque année les Français sur le temps qu'ils ont réellement attendu avant leur dernière consultation. Les chiffres sont sans appel : depuis 2019, les délais ont doublé voire triplé selon les spécialités. Obtenir un rendez-vous chez un généraliste prend désormais douze jours en moyenne, contre quatre jours il y a sept ans. Chez le cardiologue, il faut compter plus de trois mois, contre six semaines en 2019. Et pour un dermatologue, le délai dépasse quatre mois et demi, soit plus du double. À ces délais s'ajoutent de fortes inégalités selon les régions. L'Île-de-France s'en sort mieux que le reste du pays mais reste loin d’être une situation satisfaisante. Dans des régions comme la Normandie ou les Hauts-de-France, l'attente chez certains spécialistes peut dépasser cinq mois. Concrètement, selon l'endroit où l'on vit, les délais d'accès à un même médecin peuvent varier du simple au triple.

Les urgences en dernier recours

Quand les délais pour consulter deviennent trop longs, les Français se tournent vers les urgences. C'est ce que confirme le baromètre : près d'un Français sur deux s'y est déjà rendu sans être en situation d'urgence médicale réelle. Les raisons sont diverses. Beaucoup ne savent pas vers qui se tourner en cas de problème de santé, n'ont pas pu obtenir de rendez-vous dans un délai acceptable ou se sont vu refuser une consultation par un médecin de ville. Les urgences apparaissent alors comme la seule porte encore ouverte, faute d'alternative. Ce réflexe est encore plus répandu chez les jeunes adultes : 57 % des moins de 35 ans disent s'y être rendus sans réelle urgence, contre 41 % des 60 ans et plus. Le problème est que ces passages non justifiés encombrent des services déjà sous tension. L'hôpital public gère chaque année 21 millions de passages aux urgences, dont 81 % sont pris en charge par le secteur public.

La colère des Français, un signal impossible à ignorer

Le baromètre mesure aussi le ressenti des Français face à leur système de santé. Neuf sur dix se disent en colère face au manque de moyens alloués à l'hôpital public, et autant estiment que sans investissement rapide, le système court à la catastrophe. Sept sur dix craignent personnellement de ne pas pouvoir accéder à des soins de qualité en cas de besoin urgent.

Ce mécontentement se retrouve dans toutes les régions et toutes les catégories sociales. Dans le contexte des élections municipales de 2026, il prend une dimension politique concrète : 70 % des Français pensent que leur commune a un rôle à jouer sur l'accès aux soins, mais seuls 42 % estiment qu'elle agit vraiment en ce sens.

À noter que cette défiance envers le système n'affecte pas la confiance envers les soignants : 95 % des Français leur expriment leur gratitude. Ce sont bien les choix politiques et organisationnels qui sont remis en question, pas les professionnels de santé.

Que faut-il en retenir ?

À la lecture de ce baromètre, un constat s'impose. La dégradation de l'accès aux soins touche désormais une large partie de la population. Plusieurs pistes se dégagent pour y répondre comme donner aux hôpitaux une visibilité budgétaire à long terme, développer les maisons de santé et la téléconsultation ou encore mieux orienter les patients vers les alternatives aux urgences. Des sujets qui, pour la plupart, sont déjà engagés mais qui peinent encore à produire des effets à la bonne échelle. Ce baromètre rappelle, chiffres à l'appui, que les efforts engagés ne sont pas encore à la hauteur des besoins.

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