Travail de nuit et santé : quels impacts pour les soignants ?

13/3/2026
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Le travail de nuit fait partie du quotidien de milliers de professionnels de santé. Infirmiers, aides-soignants, médecins, sages-femmes : chaque nuit, ils assurent la continuité des soins. Cependant, ces horaires atypiques ont un coût. Depuis plusieurs années, la recherche scientifique s'intéresse de près aux effets du travail nocturne sur l'organisme. Les conclusions sont préoccupantes et suggèrent qu’une exposition prolongée au travail de nuit perturberait le système hormonal et augmenterait significativement le risque de cancer du sein chez la femme.

Le 3 mars 2026, une décision du tribunal administratif de Marseille vient concrétiser ces données scientifiques. En reconnaissant le lien direct entre le cancer du sein d'une infirmière et ses 25 ans de travail nocturne, la justice française franchit un pas important dans la reconnaissance des maladies professionnelles liées au travail de nuit.

Le travail de nuit, un risque cancérogène ?

Ce n'est pas une révélation récente. Dès 2007, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a officiellement classé le travail de nuit comme « probablement cancérogène » pour l'être humain. Près de vingt ans plus tard, la prise en compte de ce risque dans le monde professionnel reste pourtant insuffisante, particulièrement dans le secteur hospitalier. La cause est avant tout hormonale. Travailler de nuit perturbe le rythme circadien et la sécrétion de mélatonine, hormone naturellement produite la nuit qui joue un rôle protecteur contre certains cancers. Les fonctions hormonales féminines s'en trouvent directement impactées, augmentant ainsi le risque de développer un cancer du sein.

En 2018, une étude menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) a estimé que travailler de nuit plus de deux nuits par semaine pendant plus de dix ans pourrait multiplier par trois le risque de cancer du sein. Ces résultats restent toutefois complexes à interpréter, car de nombreux facteurs peuvent intervenir dans l’apparition de cette maladie. Cependant, cette étude permet de poser la question du rapport de cause à effet.

Une décision juridique qui change la donne

C'est dans ce contexte que s'inscrit la décision rendue par le tribunal administratif de Marseille le 3 mars 2026. Elle concerne une infirmière ayant exercé au centre hospitalier de Martigues pendant près de 25 ans, à raison de 140 nuits par an en moyenne. Diagnostiquée d'un cancer du sein en 2014, elle avait vu ses demandes de reconnaissance rejetées à deux reprises : en 2019 par la commission des maladies professionnelles, puis en 2021 par le directeur du centre hospitalier.

Elle a saisi la justice. Et elle a obtenu gain de cause.

Le tribunal a reconnu l'existence d'un « lien direct » entre sa pathologie et ses conditions de travail. Pour parvenir à cette conclusion, les juges ont retenu plusieurs éléments déterminants : la durée et l'intensité de l'exposition au travail de nuit, l'absence ou la faiblesse des autres facteurs de risque connus chez cette patiente (facteurs génétiques, hormonaux et environnementaux), ainsi que les données scientifiques établies depuis 2007 sur les effets du travail nocturne sur les fonctions hormonales de la femme.

Le tribunal a donc annulé les décisions de rejet et enjoint au centre hospitalier de reconnaître la maladie comme liée à son activité professionnelle.

Ce que les professionnels de santé doivent retenir

Cette décision envoie un signal fort. Si vous travaillez ou avez travaillé de nuit de façon prolongée dans un établissement de santé, voici les réflexes essentiels à adopter :

  • Documenter son exposition : conservez vos plannings, relevés de carrière et tout document attestant du nombre de nuits travaillées.
  • Consulter le médecin du travail : dès l'apparition d'une pathologie susceptible d'être liée à vos conditions de travail.
  • Connaître la distinction : entre l’imputabilité au service (pour les fonctionnaires hospitaliers) et la maladie professionnelle du régime général, qui sont deux voies juridiques différentes.

Si cette reconnaissance demeure encore rare, elle contribue néanmoins à faire évoluer les pratiques et à sensibiliser les hôpitaux comme les professionnels de santé aux effets du travail de nuit sur l’organisme. À l’avenir, ces avancées pourraient encourager le développement de politiques de prévention plus adaptées, afin de mieux protéger les soignants exposés à ces conditions de travail particulières.

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