Les arrêtés infirmiers 2026, publiés au Journal officiel le 27 juin 2026, redessinent le périmètre d'exercice des infirmiers diplômés d'État. Consultation autonome, prise en charge des plaies élargie, prescription de vaccins ou de substituts nicotiniques sans ordonnance médicale. Ces évolutions touchent directement le cabinet libéral. Pour l'IDEL, la question n'est plus de savoir si son rôle change, mais comment l'appliquer sans se mettre en difficulté. Cet article fait le point, texte par texte, sur ce qui devient possible et sur ce qui reste à préciser.
Deux arrêtés, une réforme amorcée un an plus tôt
Ces textes ne sortent pas de nulle part. Ils closent une trajectoire réglementaire ouverte par la loi n° 2025-581 du 27 juin 2025 sur la profession d'infirmier, puis précisée par le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025, qui a réécrit les articles R. 4311-1 à R. 4311-7 du Code de la santé publique et défini onze domaines de compétence infirmière. Signés le 26 juin 2026, les deux arrêtés ont été publiés le lendemain au Journal officiel, juste avant l'échéance du 30 juin fixée pour l'entrée en vigueur du nouveau cadre. Le premier fixe la liste des actes et soins réalisables par les infirmiers, le second, celle des produits de santé et examens complémentaires qu'ils peuvent prescrire ou renouveler.
La consultation infirmière autonome
Le premier arrêté organise l'activité autour de quatre domaines : le rôle propre, la consultation infirmière, les actes sur prescription et les actes en organisations spécifiques. La nouveauté, c'est la reconnaissance de la consultation infirmière conduite en autonomie, en cabinet libéral, au domicile du patient ou en établissement de santé. Cette consultation repose sur un raisonnement clinique structuré : observation, recueil et analyse des données cliniques, définition d'objectifs de soins puis réalisation ou adaptation des soins. Le rôle propre intègre aussi le repérage de situations à risque (souffrance psychique, risque suicidaire, fragilité, dénutrition, perte d'autonomie ou risque de chute)et l'orientation vers un autre professionnel quand la situation l'exige.
Prise en charge des plaies : un rôle élargi
L'arrêté autorise l'infirmier à assurer la prévention, l'évaluation et le traitement de certaines plaies. En pratique, cela fluidifie de nombreux parcours de soins. Cependant, le texte pose des exclusions explicites que l'IDEL doit savoir identifier, car les repérer fait partie intégrante de l'évaluation :
- Plaies chroniques exclues : pied diabétique, plaie liée aux soins oncologiques ou à la radiothérapie, plaie qui s'aggrave malgré les soins.
- Plaies aiguës exclues : brûlure sur terrain à risque (dont enfant de moins de 3 ans), plaie post-chirurgicale, plaie pénétrante à proximité d'un orifice ou d'un axe vasculaire, plaie balistique, plaie du visage, plaie de la main au-delà d'une dermabrasion superficielle.
Côté prescription, l'infirmier peut prescrire les pansements et le matériel de soins de plaie pour une durée initiale de sept jours, ainsi que les supports d'aide à la prévention des escarres et les dispositifs de contention.
Ce que vous pouvez désormais prescrire sans ordonnance médicale
Le second arrêté couvre cinq champs : prévention, plaies, santé sexuelle, sevrage tabagique et douleur. Voici, en synthèse, ce qui devient prescriptible directement par l'infirmier :
- Vaccination : l'ensemble des vaccins du calendrier vaccinal pour les personnes de 11 ans et plus,
- Plaies : pansements et dispositifs de soins de plaie (7 jours initiaux), supports anti-escarre et contention veineuse,
- Santé sexuelle : contraceptifs d'urgence, préservatifs, renouvellement d'un contraceptif oral (prescrit depuis moins d'un an, pour 6 mois maximum, non renouvelable) et tests de dépistage des IST (VIH, hépatites B et C, syphilis, chlamydia, gonocoque),
- Sevrage tabagique : substituts nicotiniques,
- Douleur : certains antalgiques de palier 1,
- Biologie ciblée : bilan des facteurs de risque cardiovasculaire
Ces dispositions absorbent et remplacent des textes antérieurs plus fragmentés. Un réflexe à intégrer : lors d'un renouvellement, l'ordonnance doit porter votre nom, votre numéro d'enregistrement, la mention « Renouvellement infirmier », la durée et la date.
Ce qui reste à clarifier : rémunération, responsabilité, coordination
La reconnaissance est réelle, mais plusieurs zones demandent encore de la prudence :
- Rémunération : la cotation de la consultation infirmière libérale dépend de la future convention avec l'Assurance maladie.
- Avis HAS : la Haute Autorité de santé a rendu un avis favorable sous réserve le 11 juin 2026, avec des alertes sur certains examens biologiques.
- Coordination : la sécurité du dispositif repose sur le lien avec médecins, pharmaciens et laboratoires — le pharmacien doit notamment pouvoir consulter la prescription initiale en cas de renouvellement.
- Responsabilité : de nouvelles compétences signifient une nouvelle exposition juridique. Maîtriser ces prescriptions et les limites de son périmètre devient un enjeu de sécurisation de la pratique.
Questions fréquentes
À partir de quand ces arrêtés s'appliquent-ils ?
Les deux arrêtés ont été publiés au Journal officiel le 27 juin 2026, avant l'échéance du 30 juin prévue pour le nouveau cadre. Certaines modalités, comme le remboursement de la consultation infirmière en libéral, restent toutefois suspendues à la négociation conventionnelle.
La consultation infirmière libérale est-elle remboursée ?
Pas encore. Le texte reconnaît la consultation infirmière autonome mais son périmètre et ses conditions de remboursement en libéral relèvent de la convention avec l'Assurance maladie, qui n'a pas encore fixé de cotation dédiée.
Puis-je prescrire des antibiotiques ?
Non. La prescription infirmière reste circonscrite aux produits listés par l'arrêté : vaccins, dispositifs de soins de plaie, substituts nicotiniques, contraception, antalgiques de palier 1 et certains bilans biologiques. Les antibiotiques n'en font pas partie.
À retenir
- Deux arrêtés du 26 juin 2026 rendent opérationnelles la consultation infirmière autonome et une prescription élargie sans ordonnance médicale.
- Le périmètre reste encadré : exclusions sur les plaies complexes, remboursement libéral suspendu à la convention.
- Ces compétences engagent votre responsabilité : les exercer suppose de sécuriser et d'actualiser sa pratique.
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