Avenant 11 IDEL : quelles conséquences concrètes pour les infirmiers libéraux ?

15/5/2026
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Publié au Journal officiel le 6 mai 2026 après plusieurs mois de négociations entre l’Assurance Maladie et les syndicats représentatifs de la profession, l’avenant 11 à la convention nationale des infirmiers libéraux marque une étape importante dans l’évolution du métier d’IDEL. Attendu depuis plusieurs années, ce texte ne se limite pas à une simple revalorisation tarifaire mais il vient surtout adapter la nomenclature et l’organisation des soins aux réalités actuelles du terrain. Derrière les nouvelles cotations et les évolutions du BSI, c’est en réalité toute la place de l’infirmier libéral dans le parcours de soins qui se transforme progressivement.

Cette réforme s’inscrit dans la continuité de la loi infirmière du 27 juin 2025, qui avait déjà amorcé une reconnaissance plus large des compétences infirmières. L’avenant 11 traduit désormais ces évolutions dans la pratique quotidienne des cabinets infirmiers. Consultation infirmière, actes de surveillance clinique, accès direct pour certaines plaies, renforcement du rôle d’infirmier référent ou encore évolution des prises en charge à domicile. Le texte ouvre la voie à un exercice davantage centré sur le suivi clinique, la coordination et la prévention.

Même si certaines mesures entreront progressivement en application jusqu’en 2029, l’impact de cet avenant sera concret pour l’ensemble des infirmiers libéraux. Facturation, organisation des tournées ou gestion des patients chroniques, les changements annoncés nécessiteront une véritable mise à jour des pratiques professionnelles.

Une revalorisation tarifaire attendue depuis plus de quinze ans

La mesure la plus médiatisée concerne évidemment la revalorisation des lettres-clés AMI et AMX. Depuis 2009, ces cotations, qui servent de base à une grande partie des actes infirmiers réalisés en libéral, n’avaient quasiment pas évolué malgré l’augmentation constante des charges professionnelles. Carburant, matériel médical, assurances, frais administratifs ou encore inflation générale, l’écart entre les coûts réels de l’exercice et la rémunération des soins était devenu un sujet central pour la profession.

L’avenant 11 prévoit ainsi une augmentation progressive de la valeur des AMI et des AMX. Une première hausse doit intervenir à l’expiration du délai légal suivant la publication du texte, portant la valeur à 3,35 €, avant une seconde revalorisation fixée à 3,45 € au 1er novembre 2027. Si cette augmentation reste jugée insuffisante par plusieurs syndicats infirmiers au regard de l’inflation accumulée depuis quinze ans, elle constitue malgré tout une évolution symboliquement forte. Elle traduit la volonté de reconnaître davantage le rôle des infirmiers libéraux dans un système de santé où le maintien à domicile et la prise en charge des pathologies chroniques occupent une place de plus en plus importante.

Au-delà de cette hausse tarifaire, l’avenant marque surtout un changement de logique. Jusqu’à présent, la nomenclature valorisait essentiellement les actes techniques. Désormais, le texte cherche aussi à mieux reconnaître le travail clinique, éducatif et organisationnel réalisé quotidiennement par les IDEL auprès des patients.

La consultation infirmière, une reconnaissance du rôle clinique des IDEL

Parmi les évolutions les plus importantes de l’avenant 11 figure l’intégration officielle des consultations infirmières dans la convention nationale. Cette mesure était particulièrement attendue par la profession car elle vient enfin reconnaître un temps clinique qui existait déjà dans la pratique mais qui restait très peu valorisé dans la nomenclature.

Concrètement, deux consultations infirmières sont créées dans un premier temps. La première concerne l’accompagnement des patients diabétiques de type 2 lors de l’instauration d’un traitement par insuline. Cette consultation, cotée CIA 20€, a vocation à sécuriser la mise en place du traitement à travers l’éducation thérapeutique, l’apprentissage des injections, la prévention des hypoglycémies et le suivi de l’observance. Elle pourra être réalisée dans les six premiers mois suivant le début du traitement, dans la limite de quatre consultations par patient.

La seconde consultation, appelée CIB, s’inscrit dans le prolongement du dispositif “Mon Bilan Prévention”. Son objectif est d’accompagner les patients après leur bilan afin de transformer les recommandations de prévention en actions concrètes sur le terrain. Cette consultation entrera en vigueur à partir du 1er juillet 2027 et sera également valorisée à hauteur de 20€.

L’un des éléments les plus significatifs de cette réforme est le fait que ces consultations devront être réalisées dans un temps entièrement dédié, sans cumul avec un acte technique ou un soin de dépendance. Ce détail, qui peut paraître purement administratif, illustre en réalité une évolution profonde du métier, puisque la consultation infirmière devient un acte autonome à part entière, fondé sur l’analyse clinique, l’accompagnement du patient et la coordination des soins. Autrement dit, l’IDEL n’est plus uniquement reconnu comme un exécutant mais comme un professionnel de santé capable d’assurer un véritable suivi clinique.

Des actes qui reflètent enfin la réalité du terrain

L’avenant 11 introduit également plusieurs actes de surveillance clinique destinés à mieux valoriser un travail pourtant central dans l’activité quotidienne des infirmiers libéraux. Jusqu’à présent, une grande partie des missions de surveillance réalisées au domicile des patients restait peu visible dans la nomenclature. Pourtant, les IDEL jouent un rôle essentiel dans la prévention des complications, l’identification des signes d’alerte ou encore le suivi de l’efficacité des traitements.

À partir du 1er janvier 2028, un acte de surveillance clinique et thérapeutique globale hebdomadaire sera ainsi créé avec une cotation AMI 3,77. Cet acte inclura notamment la surveillance de la tolérance médicamenteuse, l’évaluation clinique du patient, la gestion des traitements ou encore l’information sur le bon usage des médicaments.

Un second acte de surveillance clinique pour situations aiguës sera également introduit, avec une cotation AMI 1,49, afin de mieux prendre en compte les épisodes de décompensation aiguë ou les pathologies nécessitant une surveillance rapprochée.

Ces nouvelles cotations traduisent une reconnaissance plus réaliste du travail effectué par les infirmiers libéraux au domicile des patients chroniques, âgés ou polymédiqués. Elles viennent confirmer une évolution de l’exercice d'infirmier libéral qui s’oriente progressivement vers davantage de suivi clinique et de coordination en complément des soins techniques traditionnels.

Plaies, BSI et coordination des soins : vers plus d'autonomie

L’avenant 11 fait également évoluer la prise en charge des plaies avec la mise en place progressive d’un accès direct pour certains pansements. À partir du 1er janvier 2027, les pansements de plaies non chirurgicales pourront ainsi être pris en charge sans prescription médicale préalable. Cette mesure vise à fluidifier l’accès aux soins tout en reconnaissant les compétences cliniques des IDEL dans l’évaluation et le suivi des plaies simples. Dans le même esprit, un bilan infirmier annuel des plaies à risque de complication ou de récidive sera créé afin de renforcer le suivi clinique et la traçabilité des prises en charge. Là encore, cette évolution traduit une montée en compétences des infirmiers libéraux dans des domaines autrefois très médicalisés.

Le Bilan de Soins Infirmiers continue lui aussi d’évoluer avec une clarification des niveaux de dépendance et l’apparition d’une majoration spécifique pour certains patients particulièrement dépendants. Même si les forfaits BSA, BSB et BSC restent inchangés dans leur structure, l’avenant cherche à mieux adapter les rémunérations à la lourdeur réelle des prises en charge à domicile.

Enfin, le texte renforce le rôle d’infirmier référent, qui devient progressivement un acteur central de la coordination des soins pour les patients en affection longue durée. Suivi du parcours patient, lien avec le médecin traitant, alimentation du DMP, coordination lors des hospitalisations : les missions de l’IDEL dépassent désormais largement le cadre du soin technique isolé.

Une adaptation des pratiques

Avec l’avenant 11, l’exercice infirmier libéral entre dans une nouvelle phase de son évolution. Le texte ne se contente pas d’introduire de nouvelles cotations ou quelques ajustements tarifaires, il redéfinit progressivement la place des IDEL dans le système de santé. Consultation infirmière, suivi clinique, coordination des parcours, accès direct pour certaines prises en charge ou encore renforcement du rôle d’infirmier référent traduisent une volonté claire de reconnaître davantage l’expertise infirmière sur le terrain.

Cette transformation va toutefois demander une réelle adaptation des pratiques. Les évolutions de la NGAP, les nouvelles règles de facturation et l’arrivée de nouveaux actes imposeront aux infirmiers libéraux de mettre régulièrement à jour leurs connaissances afin de sécuriser leur exercice au quotidien. Dans les prochaines années, les IDEL devront donc non seulement intégrer ces nouvelles mesures mais aussi faire évoluer leur organisation et leur posture professionnelle. Au-delà des revalorisations attendues, l’avenant 11 confirme surtout une évolution du rôle d’infirmier libéral qui occupe désormais un rôle central dans le suivi des patients, la prévention et la coordination des soins à domicile.

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Jeune homme souriant avec une chemise bleue assis près d'une plante en intérieur.