Publié le 18 septembre 2026, le bilan de l’Assurance Maladie en Charente-Maritime confirme l’extension du dépistage des troubles du langage à l’école. Pour l’année scolaire 2026-2027, les actions consacrées au langage et à la vision seront proposées dans des écoles pilotes de 68 départements, avec la participation d’enseignants, d’orthophonistes et d’orthoptistes libéraux.
L’objectif n’est pas de poser un diagnostic dans la classe, mais d’identifier précocement une fragilité, d’informer la famille et de faciliter l’accès à un examen plus approfondi. Pour les orthophonistes, ce dispositif renforce un rôle déjà central : interpréter les éléments de repérage, contribuer à l’orientation et sécuriser le passage entre l’école et le parcours de soins.
Dépistage du langage à l’école : ce qui change à la rentrée 2026
L’Assurance Maladie et l’Éducation nationale déploient depuis 2021 des actions de repérage des troubles visuels, du langage, de la communication et du rachis en milieu scolaire. À compter de septembre 2026, le programme global couvre 70 départements lorsqu’on inclut le dépistage du rachis. Pour le langage et la vision, le communiqué publié en septembre fait état de 68 départements et de 74 caisses d’Assurance Maladie mobilisées.
Les actions consacrées au langage concernent les enfants :
- scolarisés en petite section de maternelle ;
- âgés de 36 à 42 mois au moment du repérage ;
- inscrits dans l’une des écoles pilotes retenues localement ;
- disposant d’une autorisation parentale.
Le dépistage est réalisé pendant le temps scolaire. Il est pris en charge à 100 %, sans avance de frais, selon les informations publiées par l’Assurance Maladie. Il complète les examens obligatoires de l’enfant et les actions déjà conduites par la protection maternelle et infantile, la médecine scolaire et les professionnels de ville.
Comment fonctionne le repérage avec le DPL3 ?
Le dispositif repose sur l’outil DPL3, destiné au repérage des difficultés de langage et de communication chez l’enfant de 3 ans à 3 ans et demi. Son utilisation associe l’observation de l’enfant dans son environnement scolaire et l’expertise de l’orthophoniste.
L’enseignant observe l’enfant dans la classe
L’enseignant dispose d’une période d’observation pour examiner la manière dont l’enfant communique, comprend les consignes et mobilise le langage oral dans les situations ordinaires de la classe. En Charente-Maritime, le protocole prévoit deux semaines d’observation individuelle par enfant, réparties sur une période d’environ deux mois pour la classe.
L’enseignant renseigne ensuite le questionnaire DPL3 mis à disposition par la caisse d’Assurance Maladie. Une formation préalable doit lui permettre de reconnaître les principaux signes d’alerte et d’utiliser correctement l’outil.
L’orthophoniste interprète le questionnaire
L’orthophoniste intervient pour interpréter les questionnaires DPL3. Cette analyse permet de distinguer les situations ne nécessitant pas d’action particulière de celles qui justifient une surveillance, un avis médical ou une évaluation plus approfondie.
Cette étape ne constitue pas un bilan orthophonique. Elle ne permet pas non plus de conclure à une dysphasie ou à un trouble développemental du langage. Le DPL3 est un outil de repérage : il signale une fragilité potentielle qui doit être replacée dans l’histoire, le développement et l’environnement de l’enfant.
La famille est orientée lorsqu’une fragilité est repérée
Lorsque le résultat appelle une vigilance, la famille reçoit une information et est invitée à consulter le médecin qui suit l’enfant ou le professionnel de santé indiqué dans le courrier de résultat. Un examen plus approfondi peut alors confirmer ou écarter le trouble, puis conduire, si nécessaire, à une prescription, une orientation spécialisée ou un accompagnement.
Cette distinction entre repérage, dépistage, bilan et diagnostic est essentielle. Elle évite de transformer trop vite une variation du développement en pathologie tout en limitant le risque inverse : attendre plusieurs années face à des signes d’alerte persistants.
Les chiffres observés en Charente-Maritime
Le bilan local publié le 18 septembre 2026 illustre la montée en charge du programme. Durant l’année scolaire 2025-2026 :
- 15 écoles ont participé au dispositif, contre 5 l’année précédente ;
- 388 enfants ont été dépistés, soit une progression de 79 % ;
- 15 orthophonistes ont été mobilisés ;
- 14 orthoptistes ont participé aux actions sur la vision ;
- 36 % des enfants dépistés ont présenté une anomalie lors du dépistage visuel ;
- 27 % ont présenté une anomalie ou une fragilité lors du dépistage du langage.
Ces pourcentages décrivent les enfants concernés par le programme local. Ils ne doivent pas être interprétés comme une estimation de la prévalence nationale des troubles du langage ou de la vision chez tous les enfants de maternelle.
Pour 2026-2027, la caisse prévoit d’intervenir dans 24 écoles et 41 classes, auprès de 531 enfants. Dix-neuf orthophonistes et quinze orthoptistes devraient être mobilisés. Le territoire s’appuie également sur la plateforme Allo Ortho afin d’aider les familles confrontées aux difficultés d’accès aux soins.
Pourquoi un repérage précoce est-il important ?
Les difficultés de langage peuvent agir sur la communication, la socialisation, les apprentissages et l’estime de soi. Elles ne relèvent pas toutes d’un trouble durable, mais leur persistance ou leur sévérité justifie une évaluation adaptée.
La Haute Autorité de Santé rappelle que les parents, les professionnels de la petite enfance, l’école et les professionnels de santé sont en première ligne pour repérer les difficultés d’acquisition. Lorsque les difficultés persistent malgré les premières adaptations pédagogiques, le parcours doit être structuré avec le médecin de l’enfant et les professionnels concernés.
L’enjeu du dépistage scolaire est donc double :
- repérer plus tôt les enfants qui ont besoin d’une évaluation ;
- réduire les inégalités d’accès au repérage, notamment dans les territoires ruraux ou éloignés des soins.
Le passage par l’école permet de toucher des familles qui ne formuleraient pas spontanément de demande. Il ne remplace toutefois ni l’examen clinique, ni le bilan orthophonique, ni la coordination avec le médecin de l’enfant.
Quel rôle pour l’orthophoniste dans ce dispositif ?
L’orthophoniste n’intervient pas uniquement après l’apparition d’un trouble installé. Dans le cadre du dépistage scolaire, son expertise contribue à sécuriser plusieurs étapes du parcours.
Interpréter sans surdiagnostiquer
L’analyse du DPL3 doit tenir compte de l’âge, du contexte d’observation et des limites propres à un questionnaire de repérage. Une fragilité repérée n’équivaut pas à un diagnostic. L’orthophoniste aide à hiérarchiser le niveau d’alerte et à éviter des orientations systématiques qui satureraient davantage les listes d’attente.
Expliquer le résultat aux partenaires et aux familles
Un résultat utile doit pouvoir être compris par l’enseignant et par les parents. Le professionnel peut contribuer à distinguer un simple point de vigilance d’une situation nécessitant une consultation rapide, sans employer prématurément une terminologie diagnostique.
Fluidifier l’entrée dans le parcours de soins
Lorsque l’enfant doit être évalué, la qualité de l’orientation est déterminante. La HAS recommande un parcours gradué et coordonné associant, selon la situation, le médecin de l’enfant, l’orthophoniste, l’école, la PMI, la médecine scolaire et les structures spécialisées.
Le dépistage scolaire ne résout pas à lui seul les tensions d’accès aux soins. Il peut toutefois améliorer la pertinence des orientations et limiter les pertes de suivi entre le résultat remis à la famille et la consultation nécessaire.
Se former aux troubles du langage chez l’enfant
Le programme de dépistage porte sur un ensemble large de difficultés du langage et de la communication. Il ne doit donc pas être réduit à la seule dysphasie. Lorsqu’un trouble développemental du langage est suspecté ou confirmé, l’évaluation, le projet de soins et la coordination avec la famille nécessitent néanmoins des compétences spécifiques.
La formation EREVO La dysphasie de l’enfant est destinée aux orthophonistes. Ce programme intégré de 7 heures aborde notamment les signes d’alerte, les outils d’évaluation, le projet de soins, la rééducation et l’approche pluridisciplinaire.
La page de la formation indique actuellement une prise en charge DPC à 100 %, sous réserve d’agrément, d’éligibilité et de budget disponible, ainsi qu’une indemnisation DPC affichée de 104 €. Ces conditions et montants pouvant évoluer, ils doivent être vérifiés au moment de l’inscription.
Questions fréquentes
Le test DPL3 permet-il de diagnostiquer un trouble du langage ?
Non. Le DPL3 est un outil de repérage destiné à identifier une fragilité potentielle chez un jeune enfant. Un résultat préoccupant doit être complété par un examen et, selon la situation, par un bilan orthophonique ou une évaluation pluridisciplinaire. Le diagnostic ne peut pas être posé à partir du seul questionnaire scolaire.
Quels enfants sont concernés par le dépistage du langage en 2026-2027 ?
L’action vise les enfants de petite section de maternelle âgés de 36 à 42 mois et scolarisés dans une école pilote participante. L’accord des parents est nécessaire. Le dispositif n’est donc pas encore proposé dans toutes les écoles de chaque département concerné.
Pourquoi certaines sources parlent-elles de 68 départements et d’autres de 70 ?
Le chiffre de 70 départements concerne le programme scolaire global, qui comprend les dépistages de la vue, du langage et du rachis. Le communiqué du 18 septembre 2026 indique que les actions consacrées à la vision et au langage sont proposées dans 68 départements par 74 caisses d’Assurance Maladie.
Que se passe-t-il lorsqu’une fragilité est repérée ?
La famille est informée et orientée vers le médecin qui suit l’enfant ou vers le professionnel précisé dans le courrier de résultat. Cette consultation sert à approfondir l’évaluation, à confirmer ou non la difficulté et à organiser, si nécessaire, les soins ou l’orientation spécialisée.
Le dépistage scolaire est-il payant pour les familles ?
Non. L’Assurance Maladie indique que le dépistage est pris en charge à 100 %, sans avance de frais. Une autorisation parentale reste indispensable pour que l’enfant puisse participer.
Sources
- Assurance Maladie — Expérimentation des dépistages du langage et de la vision en Charente-Maritime, 18 septembre 2026
- Ameli — Vue, langage et rachis : les dépistages scolaires pour l’année 2026-2027
- Haute Autorité de Santé — Parcours de santé de l’enfant avec troubles spécifiques du langage et des apprentissages
- EREVO — Formation La dysphasie de l’enfant
À retenir
- En 2026-2027, le dépistage scolaire du langage et de la vision est proposé dans des écoles pilotes de 68 départements.
- Le DPL3 repose sur l’observation de l’enseignant et l’interprétation de l’orthophoniste ; il repère une fragilité mais ne pose pas de diagnostic.
- En Charente-Maritime, 27 % des 388 enfants dépistés en 2025-2026 ont présenté une fragilité du langage.
- L’efficacité du dispositif dépend de la continuité entre l’école, la famille, le médecin de l’enfant et les professionnels de rééducation.




