Douleur des femmes : 33 recommandations pour améliorer la prise en charge

21/10/2026
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Professionnelle de santé utilisant une échelle visuelle à visages pour évaluer la douleur abdominale d'une patiente en consultation.

Le 19 octobre 2026, les États généraux de la douleur des femmes ont présenté au ministère chargé de la Santé 33 recommandations destinées à améliorer la reconnaissance, l'évaluation et la prise en charge de la douleur des femmes. Pilotée par un comité national d'une dizaine d'experts, la démarche s'appuie sur des témoignages, des enquêtes et des travaux menés depuis 2025.

Pour les professionnels de santé, le message central est pratique : une douleur ne doit pas être banalisée sous prétexte qu'elle est fréquente, ancienne ou encore inexpliquée. Les axes rendus publics insistent sur une évaluation plus précoce, une meilleure connaissance des biais de genre et une coordination renforcée du parcours. Ces 33 recommandations sont toutefois des propositions issues d'un Livre blanc : elles ne constituent ni une nouvelle obligation réglementaire ni une recommandation de bonne pratique de la HAS.

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Douleur des femmes : que proposent les 33 recommandations ?

Les éléments rendus publics convergent sur trois priorités directement utiles aux soignants. Elles concernent l'accueil de la plainte, l'organisation de l'évaluation et la continuité de la prise en charge.

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Reconnaître et évaluer la douleur dès les premiers signes

Le comité appelle à prendre les symptômes au sérieux avant même que leur cause soit établie. Cette position ne dispense pas du raisonnement clinique : elle invite au contraire à caractériser la douleur, à rechercher les signes d'alerte, à mesurer son retentissement et à planifier une réévaluation. Une hypothèse diagnostique encore incertaine ne doit pas devenir un motif d'inaction ou de banalisation.

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Former les professionnels aux biais de genre et à l'incertitude clinique

Les recommandations mettent en avant la formation aux biais de genre. Ceux-ci peuvent conduire, parfois sans intention, à relativiser un symptôme, à l'attribuer trop vite au stress ou à attendre des signes jugés plus typiques. L'objectif n'est pas d'opposer les prises en charge selon le sexe, mais de mieux repérer les automatismes susceptibles de retarder l'exploration d'une douleur et d'altérer la relation de soin.

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Mieux coordonner les acteurs du parcours

Les États généraux soulignent également la nécessité de mieux articuler les professionnels de ville, les structures spécialisées de la douleur chronique, les services hospitaliers, les associations, les acteurs sociaux et la santé au travail. Une coordination lisible évite à la patiente de répéter son histoire à chaque étape, limite les examens redondants et facilite la transmission des éléments qui ont déjà été évalués.

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Pourquoi la douleur des femmes reste-t-elle sous-évaluée ?

Dans une enquête OpinionWay menée en 2025 et commandée par l'agence Comm Santé, citée par le comité d'experts, 83 % des femmes interrogées déclaraient avoir connu au moins un épisode douloureux au cours des douze mois précédents, contre 76 % des hommes. Parmi les femmes répondantes, 58 % évoquaient un impact fort sur leur qualité de vie et 40 % disaient avoir retardé ou renoncé à consulter pour une douleur importante. Par ailleurs, 81 % des professionnels interrogés déclaraient avoir déjà été témoins d'une situation où la douleur d'une femme avait été minimisée.

Ces chiffres décrivent les réponses d'une enquête et ne doivent pas être confondus avec une mesure officielle de prévalence. Ils illustrent néanmoins un risque concret : lorsque la plainte est relativisée, la patiente peut différer une consultation, multiplier les interlocuteurs ou perdre confiance dans le parcours de soins. Le retentissement fonctionnel, psychologique, social et professionnel doit donc être exploré autant que l'intensité du symptôme.

Un examen complémentaire normal ne signifie pas que la douleur n'existe pas. Il renseigne sur ce que l'examen a recherché à un moment donné. Le professionnel doit alors reprendre l'histoire clinique, vérifier les signes d'alerte, expliquer ce qui a été écarté, documenter les hypothèses restantes et donner un plan de suivi clair.

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La prise en charge de la douleur des femmes ne se limite pas à la gynécologie

Les douleurs menstruelles, l'endométriose et les douleurs pelviennes occupent une place importante dans le débat public, mais les États généraux rappellent que le sujet est beaucoup plus large. Il concerne les douleurs aiguës, notamment lorsqu'elles peuvent signaler une urgence, mais aussi les douleurs chroniques, inflammatoires, neurologiques, liées à un cancer, à un handicap ou à un traitement.

Cette approche globale évite deux écueils. Le premier consiste à ramener toute douleur d'une femme à la sphère gynécologique. Le second consiste à appliquer des schémas standards sans tenir compte de la manière dont les symptômes sont exprimés, du contexte de vie, des comorbidités et du retentissement. L'évaluation doit rester individualisée et guidée par la situation clinique.

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Évaluer la douleur des femmes de façon structurée : six réflexes

La Haute Autorité de santé propose, pour les douleurs chroniques ou persistantes, une grille d'évaluation médicale en soins primaires et un auto-questionnaire patient. Sans remplacer l'examen clinique, ces outils rappellent les dimensions à explorer. Six réflexes peuvent déjà sécuriser l'entretien :

1. Accueillir la plainte sans la reformuler à la baisse. Laisser la patiente décrire ses mots, sa temporalité et ce qui l'inquiète, puis vérifier que la reformulation correspond bien à son vécu.

2. Caractériser précisément le symptôme. Repérer la localisation, l'ancienneté, le rythme, les facteurs déclenchants ou calmants, les symptômes associés et les traitements déjà essayés.

3. Mesurer et réévaluer. Choisir un outil validé adapté à la situation et, lorsque cela est pertinent, utiliser le même outil au suivi pour comparer l'évolution plutôt qu'un score isolé.

4. Explorer le retentissement. Questionner le sommeil, la mobilité, le travail, les activités, la vie sociale, la sexualité, l'humeur et l'autonomie. Deux douleurs de même intensité peuvent avoir des conséquences très différentes.

5. Rechercher les signes d'alerte. Une douleur aiguë, inhabituelle, rapidement croissante ou associée à des signes généraux impose une évaluation adaptée à l'urgence potentielle. Le biais de genre ne doit jamais retarder cette étape.

6. Tracer le plan de prise en charge. Noter les éléments cliniques utiles, ce qui a été expliqué, le traitement proposé, les critères de réévaluation et les conditions d'orientation vers un autre professionnel.

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Un parcours coordonné du premier recours aux structures spécialisées

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Le premier niveau mobilise plusieurs professions

Dans le parcours HAS de la douleur chronique, le premier niveau repose sur le médecin traitant et l'équipe de soins primaires. Le médecin conduit l'évaluation étiologique, recherche les signes de gravité et coordonne le projet de soins. L'infirmier libéral peut repérer l'évolution du symptôme, observer le retentissement au domicile, surveiller la tolérance d'un traitement et transmettre des informations structurées. Le masseur-kinésithérapeute contribue à l'évaluation fonctionnelle et à la restauration des capacités, dans le cadre de son champ de compétences. Le pharmacien peut repérer un recours répété aux antalgiques, sécuriser leur usage et orienter lorsqu'un avis médical est nécessaire.

La coordination ne consiste pas seulement à multiplier les avis. Elle suppose que chaque intervenant sache ce qui a déjà été exploré, quel objectif est poursuivi et qui réévalue la situation. Une synthèse pluriprofessionnelle peut être utile lorsque la situation devient complexe ou que les réponses sont fragmentées.

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Quand solliciter une structure douleur chronique ?

La HAS prévoit un parcours gradué. Lorsque la douleur chronique résiste à une prise en charge bien conduite en ville, lorsque la situation est complexe ou lorsque la coordination devient difficile, le médecin peut solliciter l'interface d'une structure spécialisée de la douleur chronique pour un conseil, une téléexpertise ou une consultation. Les structures de niveau 2 assurent une évaluation pluriprofessionnelle ; les centres de niveau 3 interviennent pour les situations nécessitant une expertise ou des actes plus spécialisés.

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Endométriose : un exemple concret de douleur trop longtemps banalisée

L'endométriose illustre directement les enjeux soulevés par les États généraux : douleurs répétées considérées comme normales, retentissement sous-estimé et parcours parfois long avant l'orientation adaptée. Pour approfondir le rôle de proximité de l'infirmier libéral, consultez le dossier d'expert EREVO sur la prise en charge de l'endométriose par l'IDEL. Il détaille le repérage des signes, l'évaluation du retentissement, l'orientation et la transmission au médecin ou au gynécologue.

Cet exemple ne doit toutefois pas enfermer la douleur des femmes dans le champ gynécologique. Le même principe s'applique à toute douleur persistante ou atypique : écouter, décrire, objectiver le retentissement, rechercher les urgences et organiser la suite du parcours.

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Se former à la prise en charge de l'endométriose avec EREVO

Pour les professionnels qui souhaitent consolider leurs pratiques sur l'endométriose, EREVO propose des parcours adaptés à plusieurs métiers :

Les montants et conditions peuvent évoluer. Vérifiez toujours la page de la formation et les règles du financement DPC au moment de l'inscription.

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Questions fréquentes

Les 33 recommandations sur la douleur des femmes sont-elles obligatoires ?

Non. Elles proviennent d'un Livre blanc présenté par les États généraux de la douleur des femmes. Elles orientent le débat et proposent des évolutions de pratiques et d'organisation, mais elles n'ont pas, à ce stade, la valeur d'un décret, d'une obligation réglementaire ou d'une recommandation de bonne pratique de la HAS.

Ces recommandations concernent-elles uniquement la douleur chronique ?

Non. Le comité cite aussi les douleurs aiguës, inflammatoires, neurologiques, liées aux traitements, au cancer ou au handicap. Le parcours HAS présenté dans cet article concerne spécifiquement la douleur chronique ou persistante ; les urgences et douleurs aiguës relèvent d'une évaluation adaptée à leur contexte.

Une imagerie normale signifie-t-elle que la douleur n'a pas de cause ?

Non. Une imagerie normale permet d'écarter ou de rendre moins probable certaines hypothèses selon l'examen réalisé, sans invalider l'expérience douloureuse. La conduite à tenir dépend de l'histoire clinique, de l'examen, des signes d'alerte, du retentissement et de l'évolution. Le plan de suivi doit être expliqué à la patiente.

Quel outil utiliser pour évaluer la douleur ?

Le choix dépend de l'âge, des capacités de communication, du contexte aigu ou chronique et de l'objectif de l'évaluation. Chez une personne communicante, une échelle numérique, verbale simple ou visuelle analogique peut aider à suivre l'intensité. En cas de difficulté de communication, une échelle validée d'hétéroévaluation est nécessaire. Pour une douleur chronique, la HAS recommande une évaluation globale qui dépasse le seul score d'intensité.

Quand orienter vers une structure spécialisée de la douleur chronique ?

Une sollicitation peut être pertinente lorsque la douleur est résistante à une prise en charge bien conduite, lorsque la situation est complexe, lorsque le retentissement reste important ou lorsqu'un appui à la coordination est nécessaire. Le médecin peut d'abord demander un avis à l'interface de la structure, puis organiser une consultation spécialisée selon la situation.

Sources

À retenir

  • 33 recommandations ont été présentées le 19 octobre 2026 pour améliorer la prise en charge de la douleur des femmes.
  • Elles mettent en avant l'évaluation précoce, la formation aux biais de genre et la coordination du parcours.
  • Il s'agit de propositions issues d'un Livre blanc, et non de nouvelles obligations réglementaires.
  • En pratique, écouter, caractériser, mesurer le retentissement, rechercher les urgences et tracer la réévaluation sécurisent déjà la prise en charge.
  • L'endométriose illustre ces enjeux, mais la douleur des femmes concerne toutes les spécialités et ne se limite pas à la gynécologie.

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Jeune homme souriant avec une chemise bleue assis près d'une plante en intérieur.