73 médicaments bientôt conservés plus longtemps : ce que change le projet de l'ANSM

28/8/2026
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Pharmacien vérifiant la durée de conservation d'une boîte de médicaments dans le tiroir de son officine.

Le 26 août 2026, l'ANSM a publié la liste des médicaments retenus dans son projet « Longue vie aux médicaments ». 73 médicaments sont concernés et 47 d'entre eux devraient atteindre une durée de conservation de 4 ans ou plus, alors que la majorité des spécialités autorisées en France plafonnent aujourd'hui entre 2 et 3 ans. Derrière cette annonce technique se cache un sujet très concret pour l'officine : moins de boîtes détruites, une meilleure disponibilité des traitements et des questions patients à anticiper au comptoir. Cet article fait le point sur ce que prévoit le dispositif, quels traitements sont visés et ce que cela implique pour votre pratique.

Que prévoit le projet « Longue vie aux médicaments » ?

Lancé le 21 novembre 2025, ce projet est une phase pilote inédite en France, construite avec les industriels sur la base du volontariat.

L'ANSM a ouvert un appel à candidatures auprès des laboratoires pharmaceutiques prêts à déposer, dans les cinq prochaines années, une demande de modification d'autorisation de mise sur le marché (AMM) visant à allonger la durée de conservation d'au moins un de leurs médicaments.

Les chiffres publiés le 26 août 2026 :

  • 14 laboratoires pharmaceutiques ont répondu à l'appel à candidatures ;
  • 73 médicaments entrent dans le projet ;
  • 47 des 73 devraient atteindre une durée de conservation de 4 ans ou plus.

Les laboratoires sélectionnés bénéficieront d'un accompagnement scientifique, technique et réglementaire du guichet innovation et orientation (GIO) de l'agence, élargi pour l'occasion à l'écoconception et à l'écoproduction.

À ce stade, il s'agit d'un projet d'allongement. Les nouvelles durées ne s'appliqueront qu'après modification effective des AMM concernées, produit par produit.

Quels médicaments sont concernés ?

La liste publiée par l'ANSM comprend des traitements du quotidien, largement dispensés en officine et souvent prescrits au long cours.

L'agence cite notamment des spécialités à base de :

  • paracétamol ;
  • lévothyroxine ;
  • mélatonine ;
  • lithium.

Ce choix n'est pas neutre. Ces molécules concernent des volumes de dispensation très importants et, pour certaines d'entre elles, des patients chroniques dont les traitements sont renouvelés pendant des années. C'est aussi sur ce type de spécialités que les tensions d'approvisionnement se font le plus sentir.

La liste complète des 73 médicaments est consultable directement sur le site de l'ANSM, avec les durées de conservation envisagées produit par produit.

Allonger une date de péremption, est-ce risqué pour le patient ?

C'est la question que vos patients poseront en premier. La réponse tient à la façon dont une durée de conservation est fixée.

La durée de conservation correspond à la période pendant laquelle le médicament peut être utilisé en toute sécurité et avec une efficacité garantie. Elle est déterminée sur la base d'études de stabilité normalisées, selon des référentiels internationaux.

Aujourd'hui, cette durée est souvent fixée de manière prudente au moment du dépôt de l'AMM :

  • la majorité des médicaments autorisés en France ont une durée de conservation de 2 à 3 ans ;
  • moins de 10 % atteignent 5 ans.

Autrement dit, l'ANSM ne propose pas de « rallonger » arbitrairement une date, mais de réévaluer une donnée souvent sous-estimée, sur la base de nouvelles études de stabilité. La sécurité et l'efficacité du produit restent les critères qui priment.

En pratique au comptoir, cela signifie que vous pourrez expliquer simplement : la date n'est pas repoussée, elle est recalculée avec des données plus complètes.

Gaspillage et pollution : les chiffres qui justifient la démarche

L'argument environnemental est central dans la communication de l'ANSM, et il repose sur des ordres de grandeur documentés.

Selon l'agence :

  • le système de soins français représente plus de 8 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, soit près de 50 millions de tonnes équivalent CO₂ ;
  • les médicaments et dispositifs médicaux constituent 55 % de ces émissions ;
  • des milliers de tonnes de produits de santé non utilisés sont détruites chaque année.

Côté collecte, les données Cyclamed citées par l'ANSM pour 2024 sont éclairantes :

  • 9 960 tonnes de médicaments non utilisés (MNU) estimées dans les foyers français ;
  • 7 795 tonnes collectées, soit un taux de collecte de 77 % ;
  • 81 % des personnes interrogées déclarent rapporter leurs médicaments périmés ou non utilisés en pharmacie.

Ce dernier chiffre rappelle le rôle que joue déjà l'officine dans la chaîne. Le projet de l'ANSM cherche à agir en amont : moins de boîtes périmées, c'est mécaniquement moins de MNU à collecter et à détruire.

Ce que cela change concrètement à l'officine et à domicile

Le bénéfice le plus immédiat n'est pas environnemental, il est logistique.

Pour le pharmacien d'officine, un allongement des durées de conservation pourrait signifier :

  • une gestion des stocks assouplie, avec moins de retraits pour péremption proche ;
  • une marge de manœuvre accrue en cas de tension d'approvisionnement, un stock plus ancien restant utilisable ;
  • des questions patients à anticiper sur la fiabilité des nouvelles dates.

Pour l'infirmier libéral, l'enjeu se joue au domicile : préparation des piluliers, vérification des dates sur les stocks conservés par les patients âgés, repérage des boîtes accumulées dans les armoires à pharmacie.

Pour le médecin généraliste, l'impact est indirect mais réel : une meilleure disponibilité des traitements chroniques réduit les reports de prescription et les substitutions en urgence.

Reste un point de vigilance partagé : une date de péremption plus lointaine ne dispense pas de vérifier les conditions de conservation, particulièrement chez les patients polymédiqués et après un épisode de forte chaleur.

Questions fréquentes

Les nouvelles durées s'appliquent-elles dès maintenant ?

Non. L'ANSM a publié la liste des médicaments entrant dans le projet et les durées envisagées. Chaque allongement devra faire l'objet d'une demande de modification d'AMM par le laboratoire concerné, déposée dans les cinq prochaines années.

Puis-je délivrer une boîte au-delà de la date imprimée sur la boîte ?

Non. Tant que l'AMM n'a pas été modifiée, c'est la date figurant sur le conditionnement qui fait foi. Le projet ne change rien aux règles de dispensation actuelles.

Où trouver la liste des 73 médicaments ?

Elle est publiée en PDF sur la page dédiée de l'ANSM, dans l'encart d'actualisation du 26 août 2026.

Ce projet concerne-t-il aussi les dispositifs médicaux ?

La phase pilote annoncée porte sur les médicaments. L'ANSM mentionne toutefois les dispositifs médicaux dans son constat sur l'empreinte carbone du secteur.

À retenir

  • 73 médicaments sont entrés dans le projet « Longue vie aux médicaments » de l'ANSM, avec 14 laboratoires engagés.
  • 47 d'entre eux viseraient une durée de conservation de 4 ans ou plus, contre 2 à 3 ans pour la majorité des spécialités aujourd'hui.
  • Les objectifs affichés sont de réduire le gaspillage, limiter les ruptures de stock et diminuer l'empreinte environnementale du médicament.

Ce dossier rappelle une réalité de terrain : le bon usage du médicament ne se joue pas seulement à la prescription, mais tout au long du circuit, jusqu'à l'armoire à pharmacie du patient. C'est particulièrement vrai chez les patients âgés et polymédiqués, chez qui la multiplication des boîtes et l'accumulation des traitements sont des facteurs de risque iatrogène documentés.

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Jeune homme souriant avec une chemise bleue assis près d'une plante en intérieur.