Une nouvelle logique de rémunération pour les médecins traitants
Depuis le 1er janvier 2026, l’Assurance Maladie a profondément modifié la rémunération forfaitaire des médecins généralistes libéraux avec la mise en place du nouveau Forfait Médecin Traitant (FMT). Ce dispositif remplace à la fois le Forfait Patientèle Médecin Traitant (FPMT) et la ROSP (Rémunération sur Objectifs de Santé Publique).
L’objectif affiché par la convention médicale 2024-2029 est de renforcer la prévention en médecine de ville grâce à une rémunération plus individualisée et davantage centrée sur le suivi concret des patients. Jusqu’à présent, la ROSP reposait principalement sur des objectifs collectifs appliqués à l’ensemble de la patientèle. Le nouveau FMT introduit une approche différente avec des actions de prévention valorisées patient par patient, selon des indicateurs précis définis par l’Assurance Maladie.
Ce qui change concrètement avec le FMT
Le nouveau forfait repose sur deux composantes qui sont une part socle et une part variable liée à la prévention.
Le forfait socle dépend notamment de l’âge du patient, de la présence d’une affection longue durée (ALD) et de certains critères sociaux. Pour un patient de plus de 80 ans en ALD, le montant peut atteindre 100€ par an contre 70€ auparavant avec l’ancien FPMT. Des majorations complémentaires sont également prévues pour certaines situations territoriales ou sociales.
La principale nouveauté concerne toutefois la part prévention. Quinze indicateurs ont été définis autour de plusieurs enjeux de santé publique : vaccination, dépistages organisés des cancers, suivi du diabète ou encore surveillance de certaines pathologies chroniques. Chaque indicateur validé donne lieu à une rémunération de 5€ par patient éligible. À l’échelle d’une patientèle, cette logique peut représenter une part significative de la rémunération forfaitaire du cabinet.
Enfin, autre évolution importante, le médecin traitant n’a pas nécessairement besoin de réaliser lui-même l’acte de prévention. Une vaccination effectuée en pharmacie ou un dépistage réalisé par un spécialiste peuvent être pris en compte dès lors que les données remontent dans les systèmes de l’Assurance Maladie. Le dispositif valorise ainsi davantage le rôle de coordination du médecin traitant dans le parcours de soins.
Un suivi facilité par les outils numériques
Pour accompagner la réforme, l’Assurance Maladie déploie progressivement un tableau de bord « Patientèle prévention » accessible depuis Amelipro. Cet outil permet au médecin de visualiser les patients à jour de leurs actions de prévention et ceux nécessitant un suivi complémentaire. Les données sont issues du Système national des données de santé (SNDS) et mises à jour régulièrement. La première version propose trois indicateurs (dépistage du diabète, dépistage de la maladie rénale chronique, suivi biologique du diabète). Les autres seront déployés progressivement en 2026.
L’objectif est de simplifier le suivi des indicateurs mais aussi de faciliter l’intégration de la prévention dans l’organisation quotidienne du cabinet.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration des parcours de soins en médecine de ville, avec une place croissante accordée à la coordination entre professionnels de santé.
Une réforme qui redéfinit progressivement la médecine libérale
Avec le FMT, la prévention devient un élément central du modèle économique des médecins traitants.
Le dispositif favorise particulièrement les praticiens suivant une patientèle âgée, atteinte de maladies chroniques ou en situation de précarité. Selon l’Assurance Maladie, la réforme pourrait conduire à une revalorisation globale des rémunérations forfaitaires pour les médecins les plus engagés dans le suivi préventif. Cette évolution modifie également la place de la coordination interprofessionnelle. Les actes réalisés par les pharmaciens, infirmiers ou spécialistes peuvent désormais contribuer directement aux indicateurs du médecin traitant.
Le nouveau Forfait Médecin Traitant marque une évolution importante de la rémunération des généralistes libéraux. En remplaçant la ROSP par une logique individualisée, l’Assurance Maladie cherche à renforcer la prévention et le suivi des parcours de soins. Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, la prévention devient désormais un enjeu à la fois médical, organisationnel et économique pour les médecins traitants avec une place croissante accordée à la coordination des soins, et aux outils numériques.



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