Le 21 mai 2026, l’Inserm a publié trois études reliant la consommation de certains additifs alimentaires à un risque accru de cancer, de diabète de type 2, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires. Pour les professionnels de santé libéraux, ces résultats déplacent la prévention santé du seul « manger équilibré » vers une attention concrète à la composition des produits. En consultation, au cabinet ou à l’officine, les patients posent déjà la question : les colorants et les conservateurs sont-ils dangereux ? Cet article fait le point sur ce que disent ces études, les additifs concernés et le rôle que chaque professionnel de santé peut jouer au quotidien.
Que disent les trois études de l’Inserm sur les additifs alimentaires ?
Publiées dans Diabetes Care, l’European Journal of Epidemiology et l’European Heart Journal, ces trois études ont été menées par une équipe de l’Inserm, de l’INRAE et du Cnam. Elles s’appuient sur la cohorte française NutriNet-Santé, soit plus de 100 000 personnes suivies depuis 2009.
Pour la première fois, des associations apparaissent entre la consommation de colorants et le risque de diabète comme de cancer mais aussi entre celle de conservateurs et le risque d'hypertension comme de maladies cardiovasculaires :
- Colorants alimentaires (E100 à E199) : +38 % de risque de diabète de type 2, +14 % de cancer, +21 % de cancer du sein chez les plus forts consommateurs.
- Conservateurs (vue d’ensemble) : +24 % de risque d’hypertension.
- Conservateurs non-antioxydants : +29 % d’hypertension et +16 % de maladies cardiovasculaires.
« Les additifs alimentaires sont des substances ajoutées aux denrées et boissons pour maintenir ou améliorer leur sécurité, leur fraîcheur, leur goût, leur texture ou leur apparence. » — Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)
Ces études n’établissent pas à elles seules un lien de cause à effet : ce sont des associations observationnelles. Cependnat, elles s’ajoutent à un large ensemble de données déjà cohérent sur la nocivité des aliments ultra-transformés.
Colorants, conservateurs : quels additifs sont pointés ?
Au-delà des grandes familles, les chercheurs ont isolé certains additifs individuels. Sur 17 conservateurs étudiés, huit sont associés à une incidence plus élevée d’hypertension.
- Sorbate de potassium (E202) : +39 % de risque d’hypertension.
- Acide citrique (E330) : +25 % de risque d’hypertension.
- Acide ascorbique (E300) : +15 % de risque de maladies cardiovasculaires.
Ces substances ne sont pas marginales. En 2024, parmi les 3,5 millions de produits répertoriés par Open Food Facts World, plus de 139 000 contenaient au moins un colorant et plus de 700 000 au moins un conservateur. Le ministère de l’Agriculture rappelle qu’environ 320 additifs sont aujourd’hui autorisés dans l’Union européenne, chacun après évaluation des risques.
Concrètement, ces additifs se cachent dans des produits perçus comme anodins comme des boissons, des plats préparés, de la charcuterie ou des pâtisseries industrielles. D’où l’intérêt d’un regard averti sur les étiquettes.
Pourquoi les soignants libéraux sont en première ligne sur la prévention santé ?
Les professionnels de santé libéraux voient leurs patients régulièrement, dans la durée et dans leur cadre de vie. Cette proximité en fait un relais central de la prévention santé en matière de nutrition. Le sujet recoupe directement des pathologies déjà suivies en ville : diabète, hypertension ou surpoids. Maîtriser l’évaluation du risque cardiovasculaire et le repérage des facteurs de risque devient un prolongement logique du conseil nutritionnel. L’enjeu de santé publique est important. Selon un rapport du Sénat, les maladies liées à une mauvaise alimentation, obésité et diabète en tête, coûtent 11,7 milliards d’euros par an à l’Assurance maladie. En France, 17 % des adultes sont en situation d’obésité, soit environ huit millions de personnes.
Pour le libéral, cela signifie une chose simple : la prévention nutritionnelle n’est plus l’affaire d’une seule profession mais un terrain partagé.
5 messages de prévention à transmettre à vos patients
Quelques repères concrets permettent d’accompagner vos patients vers des choix plus sûrs :
- Privilégier le peu ou pas transformé : c’est la recommandation centrale des chercheurs, plus utile que la traque de tel ou tel additif.
- Apprendre à lire les étiquettes : repérer les codes E100 à E199 (colorants) et E200 à E399 (conservateurs et antioxydants).
- Relativiser sans minimiser : rappeler qu’il s’agit d’associations statistiques pour éviter l’anxiété alimentaire tout en encourageant la prudence.
- Cibler les patients à risque : diabétiques, hypertendus ou personnes avec des antécédents familiaux gagnent à réduire en priorité ces produits.
- Orienter vers des outils fiables : le Nutri-Score et les applications de scan peuvent être une aide sans se substituer à l’évaluation du professionnel.
Quel rôle pour chaque profession de santé libérale ?
Chaque métier dispose d’un point d’entrée pour aborder le sujet.
- Infirmiers (IDEL) : éducation à domicile, repérage lors du bilan de soins infirmiers, suivi du diabète et de l’hypertension.
- Médecins généraliste : intégration au bilan de prévention et à la consultation, prescription d’un suivi adapté.
- Pharmaciens : conseil au comptoir et lecture d’étiquettes au moment de la dispensation.
- Pédicures-podologues : vigilance accrue chez le patient diabétique pour qui la prévention métabolique compte double.
- Masseurs-kinésithérapeutes : promotion de l’hygiène de vie dans la rééducation cardiovasculaire.
- Chirurgiens-dentistes (Docteurs) : lien entre produits sucrés ultra-transformés et santé bucco-dentaire.
Le surpoids étant un dénominateur commun à ces risques, le repérage de l’obésité et la prévention nutritionnelle constituent un socle utile à plusieurs professions.
Questions fréquentes sur les additifs alimentaires
Les additifs alimentaires sont-ils interdits en France ?
Non. Environ 320 additifs sont autorisés dans l’Union européenne, chacun après une évaluation des risques préalable. Les trois études de l’Inserm appellent les autorités sanitaires à réévaluer la sécurité de certains d’entre eux, voire à abaisser les doses autorisées, mais ils restent à ce jour légalement utilisés.
Faut-il supprimer tous les additifs de l’alimentation ?
Ce n’est pas le message des chercheurs. Leur recommandation est de limiter l’exposition aux additifs non essentiels et de privilégier les aliments pas ou peu transformés. Certains colorants, par exemple, ne servent qu’à rendre un produit plus attractif sans apport nutritionnel.
Quels additifs sont les plus pointés par ces études ?
Les colorants (E100 à E199), associés au diabète et au cancer, ainsi que plusieurs conservateurs liés à l’hypertension et aux maladies cardiovasculaires, en particulier le sorbate de potassium (E202), l’acide citrique (E330) et l’acide ascorbique (E300).
À retenir
- Trois études de l’Inserm (mai 2026) associent colorants et conservateurs à un risque accru de cancer, de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires.
- Il s’agit d’associations, mais le faisceau d’arguments justifie une vigilance renforcée en prévention santé.
- Les soignants libéraux sont des relais de confiance pour traduire ces données en conseils concrets, profession par profession.
Accompagner ses patients sur ces sujets nécessite une connaissance à jour des facteurs de risque et des leviers de prévention. Pour aller plus loin, découvrez le catalogue de formations DPC et FIF PL d’Erevo et renforcez votre approche de la prévention au cabinet.
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