Après huit mois de négociations entre les syndicats d'infirmières libérales et la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), un projet d'accord porté par l’Assurance Maladie, prévoyant plus de 500 millions d'euros de revalorisations est soumis au vote. Une revalorisation ayant pour objectif d'améliorer les revenus, les conditions de travail et la reconnaissance professionnelle des infirmiers. Nous vous expliquons ce que contient ce texte et ce qu’il changerait concrètement pour la profession.
Un accord issu de la loi infirmière de juin 2025
Le projet de texte s'inscrit directement dans la continuité de la réforme de juin 2025 qui a consacré un élargissement significatif du champ de compétences des infirmiers et infirmières libéraux. L'enjeu de cette convention est de traduire ces nouvelles prérogatives en actes remboursables mais aussi de revaloriser une grille tarifaire jugée obsolète par l'ensemble des représentants de la profession. Les trois syndicats représentatifs (la FNI, le Sniil et Convergence infirmière) se prononceront prochainement sur ce projet qui pourrait encore évoluer avant signature. À l'enveloppe principale versée par la Cnam s'ajoutent entre 30 et 50 millions d'euros de prestations remboursables par les complémentaires santé.
Revalorisation des actes : ce qui change pour les infirmiers
Le texte prévoit une revalorisation progressive de la "lettre clé", l'unité de base utilisée pour calculer le tarif de chaque acte de soin infirmier. Cette hausse sera déployée en deux temps d'ici fin 2027. «Pour une injection, c’est 30 centimes supplémentaires, mais pour un pansement plutôt 1,20 euro », a précisé John Pinte, président du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil).
L'accord reconnaît également la pénibilité du métier en améliorant la prise en charge des actes effectués auprès de patients dépendants, une population croissante dans le contexte du vieillissement démographique.
La consultation infirmière : une nouvelle compétence clé
Principale innovation issue de la loi infirmière, la consultation infirmière intégrera le répertoire des actes remboursés à partir de mi-2027. Deux types de consultations sont prévus dans cette première phase, chacun rémunéré 20 euros, avec un plafond de quatre consultations par patient.
1. Suivi des patients diabétiques de type 2 traités par insuline
Ce dispositif cible les patients nouvellement pris en charge par insulinothérapie. L'infirmier libéral assurera un accompagnement structuré autour de l'éducation thérapeutique, de la gestion du traitement au quotidien et de la prévention des complications, un rôle jusqu'ici peu valorisé financièrement.
2. Consultation post-bilan Prévention
La seconde consultation s'adresse aux patients ayant réalisé un bilan Prévention. Elle vise à assurer un suivi coordonné et remboursé dans la durée, renforçant ainsi la place des infirmiers libéraux au cœur des parcours de soins de premier recours.
Un accès direct aux plaies simples
L'accord ouvrirait également la voie à l'accès direct aux plaies simples. Les infirmières libérales pourraient les traiter sans prescription médicale préalable. Une avancée concrète vers l'accès direct aux soins infirmiers même si le texte ne crée pas, contrairement aux attentes des syndicats, de consultation dédiée à la cicatrisation.
Syndicats infirmiers et Cnam continueront à travailler sur d'autres pistes comme le retour à domicile post-AVC, la prévention en santé mentale et la prise en charge des situations d'urgence.
Le syndicat Convergence infirmière reconnaît plusieurs avancées dans ce projet mais mentionne un écart de traitement significatif concernant les médecins généralistes qui bénéficient d'une enveloppe de 1,6 milliard d'euros, soit plus de trois fois le montant proposé aux infirmiers libéraux. La FNI, premier syndicat représentatif, ne s'est pas encore positionnée officiellement, tout en relevant favorablement les 100 millions d'euros supplémentaires obtenus en dernière minute par la direction de la Cnam, dans un contexte de finances publiques sous tension.
Si l'accord obtient une signature majoritaire, les premières revalorisations pourraient s'appliquer dès 2026, posant les bases d'une refonte durable des conditions d'exercice pour l'ensemble des infirmiers libéraux français.

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