Sécurité des soins et maladies chroniques : les priorités de l’OMS pour 2026

9/9/2026
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Médecin généraliste et infirmier échangeant avec un patient pour sécuriser son traitement et le suivi de sa maladie chronique.

Le 9 septembre 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a lancé le dialogue international préparant la Journée mondiale de la sécurité des patients du 17 septembre. Cette année, la campagne se concentre sur les soins sûrs pour les maladies non transmissibles, c’est-à-dire notamment les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète et les maladies respiratoires chroniques.

Pour les professionnels de santé, le sujet est très concret. Une maladie chronique multiplie les consultations, les prescriptions, les examens, les transitions entre la ville et l’hôpital et parfois les intervenants. Chaque étape apporte un bénéfice attendu, mais crée aussi un risque de rupture d’information, de retard diagnostique, d’erreur médicamenteuse ou de perte de suivi.

Pourquoi l’OMS cible la sécurité des soins dans les maladies chroniques

Selon la campagne 2026 de l’OMS, les maladies non transmissibles sont responsables de 74 % des décès dans le monde. Elles nécessitent souvent une prise en charge continue pendant plusieurs années, voire toute la vie.

L’organisation rappelle deux chiffres mondiaux qui donnent la mesure de l’enjeu :

  • un patient sur dix subirait un préjudice au cours de soins de santé ;
  • environ la moitié de ces préjudices seraient considérés comme évitables.

Pour certaines pathologies, comme le cancer, jusqu’à un patient sur trois connaîtrait un événement indésirable pendant sa prise en charge. Ces estimations sont mondiales : elles ne doivent pas être présentées comme une mesure directe de la situation française. Elles soulignent cependant un mécanisme bien connu des soignants : plus un parcours est long et complexe, plus les occasions de défaillance s’accumulent.

En France, l’enquête ENEIS 3, présentée par le ministère chargé de la Santé, portait sur des données hospitalières recueillies en 2019. Elle estimait que les événements indésirables graves associés aux soins étaient à l’origine de 2,6 % des hospitalisations, soit environ une hospitalisation sur quarante, et que 53,5 % des événements observés étaient évitables. Ces données sont antérieures à la campagne 2026, mais elles permettent d’ancrer l’enjeu dans le contexte français.

Où se situent les principaux risques dans un parcours chronique ?

La campagne de l’OMS ne désigne pas un acte unique comme responsable. Elle attire l’attention sur l’ensemble du parcours, de la prévention au traitement de longue durée, en passant par le diagnostic, l’autosurveillance et les transitions entre professionnels.

Le retard ou l’erreur de diagnostic

Une maladie chronique peut évoluer lentement, présenter des symptômes peu spécifiques ou coexister avec plusieurs autres pathologies. Chez un patient polymédiqué ou fragile, un nouveau symptôme peut être attribué trop rapidement à une maladie déjà connue, alors qu’il correspond à un effet indésirable ou à une nouvelle affection.

L’OMS appelle les professionnels à renforcer la détection précoce, à interpréter les examens avec prudence et à organiser le suivi des résultats. L’absence de retour ne doit pas être confondue avec un résultat normal. Une procédure claire pour consulter, tracer et communiquer les résultats constitue donc une barrière de sécurité simple.

Les erreurs et accidents médicamenteux

Les traitements chroniques exposent à des risques d’interaction, de doublon, de mauvaise dose, de contre-indication ou d’incompréhension du schéma thérapeutique. Ce risque augmente lorsque plusieurs prescripteurs interviennent ou qu’une ordonnance est modifiée après une hospitalisation.

La Haute Autorité de santé présente la conciliation médicamenteuse comme une démarche destinée à prévenir et intercepter les erreurs lors du parcours. Elle repose sur quatre opérations : recueillir les traitements réellement pris, synthétiser ces informations, valider le bilan puis le partager avec le patient et les professionnels concernés.

Pour les pharmaciens, le bilan partagé de médication constitue également un levier de prévention de la iatrogénie chez les patients âgés polymédiqués, en coordination avec le médecin traitant.

Les transitions entre l’hôpital, le cabinet et le domicile

Admission, sortie d’hospitalisation, changement de prescripteur ou intervention d’un nouveau soignant : les transitions sont des moments particulièrement sensibles. Une information peut être incomplète, une modification thérapeutique mal comprise ou un contrôle biologique ne pas être programmé.

Sécuriser ces passages suppose de répondre systématiquement à quelques questions :

  • quel traitement le patient prend-il réellement aujourd’hui ?
  • quelles modifications ont été décidées, et pour quelle raison ?
  • qui réalise le prochain contrôle et dans quel délai ?
  • quels signes doivent conduire le patient à demander rapidement un avis ?
  • qui doit être contacté en cas d’aggravation ou de doute ?

Le manque de coordination et de communication

La HAS rappelle que les défauts d’organisation, de vérification, de coordination ou de communication au sein d’une équipe figurent parmi les causes majeures d’événements indésirables associés aux soins.

Dans un parcours chronique, la sécurité ne dépend donc pas uniquement de la justesse de chaque décision isolée. Elle dépend aussi de la capacité des acteurs à partager une information fiable, à identifier clairement les responsabilités et à maintenir la continuité du suivi.

Six actions concrètes pour sécuriser le suivi d’un patient chronique

Les appels à l’action de l’OMS peuvent être traduits en six réflexes applicables en cabinet, à l’officine ou au domicile.

  1. Vérifier la liste réelle des traitements. Inclure les prescriptions de spécialistes, l’automédication, les compléments et les traitements récemment arrêtés.
  2. Tracer les décisions importantes. Documenter les modifications, les objectifs thérapeutiques, les résultats attendus et les modalités de surveillance.
  3. Fermer la boucle des examens. Définir qui consulte le résultat, qui informe le patient et quelle action est prévue en cas d’anomalie.
  4. Sécuriser chaque transition. Après une hospitalisation ou un changement de prise en charge, comparer les ordonnances et clarifier les différences.
  5. Faire reformuler le patient. Demander au patient d’expliquer avec ses propres mots comment il prendra son traitement et quand il sollicitera de l’aide.
  6. Analyser les incidents et les presque-accidents. Un événement récupéré avant d’atteindre le patient peut révéler une vulnérabilité utile à corriger.

Ces mesures ne prétendent pas supprimer tout risque. Elles visent à installer des barrières de sécurité reproductibles, particulièrement utiles lorsque la charge de travail augmente ou que plusieurs professionnels se relaient.

Faire du patient un partenaire de la sécurité des soins

L’un des messages forts de l’OMS consiste à considérer la personne vivant avec une maladie chronique comme un membre à part entière de l’équipe de soins. Son expérience quotidienne permet souvent de détecter une incohérence, un effet indésirable ou une difficulté d’observance que le dossier ne montre pas.

Cette implication ne revient pas à transférer la responsabilité du soin au patient. Elle suppose au contraire de lui donner des informations compréhensibles et actionnables : connaître son traitement, conserver une liste à jour, savoir quels symptômes surveiller, comprendre les rendez-vous à venir et disposer d’un contact en cas de problème.

La reformulation est ici essentielle. Une consigne délivrée n’est pas nécessairement une consigne comprise. Demander « Comment allez-vous prendre ce médicament une fois chez vous ? » fournit souvent plus d’informations qu’un simple « Avez-vous compris ? ».

Déclarer et analyser sans réduire l’incident à une faute individuelle

La sécurité des soins progresse lorsque les incidents sont repérés, déclarés et analysés. La HAS définit un événement indésirable associé aux soins comme un événement défavorable et inattendu, lié aux actes de soins ou d’accompagnement, qui a eu ou aurait pu avoir des conséquences pour le patient.

Un EIAS n’implique pas automatiquement une faute individuelle. Les causes sont souvent multiples : organisation, transmission, environnement de travail, matériel, protocole incomplet ou succession de décisions cohérentes prises avec des informations partielles. L’objectif de l’analyse est d’identifier les causes profondes et d’empêcher la répétition, pas de rechercher trop rapidement un coupable.

Pour un professionnel libéral, cette culture peut commencer à petite échelle : noter un presque-accident, reprendre le parcours étape par étape, identifier la barrière qui a fonctionné ou manqué, puis ajuster une procédure du cabinet ou du domicile.

Se former pour améliorer la sécurité médicamenteuse

Les maladies chroniques et la polymédication placent les médecins, infirmiers et pharmaciens au cœur de la prévention des événements indésirables.

Pour les médecins généralistes, la formation EREVO Le bon usage des traitements anticoagulants chez le sujet âgé et polymédiqué porte sur la prescription, le suivi, l’observance et l’analyse des pratiques. La page indique une formation de six heures en e-learning, prise en charge à 100 % et indemnisée jusqu’à 132 € dans le cadre du DPC, sous réserve d’agrément, d’éligibilité et de budget disponible.

La formation EREVO Iatrogénie médicamenteuse chez le patient âgé aide également le médecin généraliste à sécuriser la prescription, optimiser le suivi et réaliser une éducation thérapeutique adaptée. Elle est annoncée dans les mêmes conditions de prise en charge et d’indemnisation DPC, sous réserve des droits disponibles.

Ces parcours s’inscrivent dans la logique défendue par l’OMS : apprendre à repérer les risques, confronter sa pratique aux recommandations et mettre en place des améliorations mesurables.

Questions fréquentes

La Journée mondiale de la sécurité des patients a-t-elle déjà eu lieu ?

Non. La Journée mondiale est fixée au 17 septembre 2026. Un dialogue mondial organisé par l’OMS le 9 septembre a lancé la campagne et annoncé la présentation de résultats préliminaires issus d’une revue systématique et d’un travail de l’OCDE. À la date de rédaction, les rapports détaillés correspondants ne figurent pas parmi les documents publics cités : il serait donc prématuré d’en reprendre des conclusions non publiées.

Un événement indésirable signifie-t-il nécessairement qu’un professionnel a commis une erreur ?

Non. Un événement indésirable peut résulter de plusieurs facteurs humains, organisationnels ou techniques. Son analyse vise à comprendre ce qui s’est passé et à renforcer les barrières de sécurité. Elle ne doit pas être réduite d’emblée à la recherche d’une faute individuelle.

Quel est le premier point à vérifier chez un patient polymédiqué ?

La priorité est d’obtenir une liste fiable des médicaments réellement pris, y compris l’automédication, puis de la comparer aux prescriptions disponibles. Cette étape permet de repérer les doublons, arrêts, modifications et incompréhensions avant d’évaluer la pertinence de chaque traitement.

Les formations EREVO citées sont-elles systématiquement indemnisées ?

Non. Les pages consultées affichent une prise en charge et une indemnisation DPC, mais celles-ci restent soumises à l’agrément de l’action, au statut et à l’éligibilité du professionnel ainsi qu’à son budget disponible. Ces conditions doivent être vérifiées au moment de l’inscription.

Sources

À retenir

  • La campagne 2026 de l’OMS place la sécurité des soins dans les maladies chroniques au premier plan.
  • Les principaux risques concernent notamment le diagnostic, les médicaments, les transitions et la coordination.
  • Une liste fiable des traitements, une traçabilité claire et un suivi effectif des résultats constituent des barrières essentielles.
  • Le patient doit être associé aux décisions et savoir reconnaître les signes nécessitant une nouvelle évaluation.
  • L’analyse des incidents et des presque-accidents permet d’améliorer les pratiques sans réduire chaque événement à une faute individuelle.

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Jeune homme souriant avec une chemise bleue assis près d'une plante en intérieur.