Depuis le 15 juin 2026, deux traitements injectables de l'obésité sont pris en charge par l'Assurance maladie. C'est l'aboutissement du remboursement des médicaments contre l'obésité acté par plusieurs arrêtés parus au Journal officiel le 28 mai 2026. Pour le professionnel de santé libéral, la question n'est plus seulement clinique : qui peut prescrire, pour quels patients et avec quelle prise en charge ? Cet article fait le point sur les médicaments concernés, les conditions d'éligibilité, le circuit de prescription et le rôle de chaque profession.
Quels médicaments contre l'obésité sont désormais remboursés ?
Deux traitements médicamenteux de l'obésité sont concernés : Wegovy et Mounjaro. Ce sont des analogues du GLP-1, une famille de molécules initialement développées contre le diabète de type 2. Leur mécanisme est de ralentir la digestion et augmenter la sensation de satiété. Ces médicaments sont disponibles en France depuis 2024, délivrés sur ordonnance à un prix fixé par le laboratoire mais sans remboursement jusqu'au 15 juin 2026. La nouveauté tient donc uniquement à leur prise en charge, dans un cadre strictement encadré et répondant aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS).
En 2025, 17,4 % des adultes étaient en situation d'obésité en France, selon les chiffres relayés par Service Public. Une part importante de la patientèle des libéraux est donc directement concernée.
Quels patients sont éligibles au remboursement ?
Le remboursement ne s'adresse pas à tous les patients en surpoids. Il vise les profils éligibles à la chirurgie bariatrique.
Deux situations ouvrent droit à la prise en charge :
- un IMC égal ou supérieur à 40 (obésité massive ou classe III), sans comorbidité associée ;
- un IMC égal ou supérieur à 35 (obésité sévère ou classe II) avec au moins une comorbidité.
Le traitement ne peut être engagé qu'en seconde intention, après l'absence de résultats suffisants malgré une prise en charge nutritionnelle adaptée, c'est-à-dire une perte de poids inférieure à 5 % du poids total après six mois. Il intervient en complément d'un régime hypocalorique et d'une augmentation de l'activité physique, jamais en remplacement. Cette logique de parcours est centrale : le médicament s'ajoute à une démarche, il ne la remplace pas.
Qui peut prescrire pour ouvrir droit au remboursement ?
C'est le point le plus structurant pour la pratique libérale. La prescription initiale ouvrant droit au remboursement est réservée aux professionnels et structures impliqués dans la prise en charge de l'obésité de recours 2 et 3 :
- médecins exerçant en centres spécialisés de l'obésité (CSO) ;
- médecins en centres hospitaliers universitaires (CHU) ;
- médecins en établissements de soins médicaux et de réadaptation (SMR) de gastro-entérologie, endocrinologie, diabétologie ou nutrition ;
- endocrinologues en lien avec un CSO.
Le médecin généraliste n'assure donc pas la primo-prescription remboursée. Attention à ne pas confondre deux cadres distincts : depuis 2025, tout médecin (généraliste comme spécialiste) peut prescrire Wegovy ou Mounjaro selon le cadre défini par l'ANSM (IMC ≥ 27 avec comorbidité liée au poids, ou IMC ≥ 30 en complément de modifications du mode de vie), mais cette prescription n'est alors pas prise en charge par l'Assurance maladie. Le remboursement, lui, suppose le circuit spécialisé décrit ci-dessus.
Quelle prise en charge financière pour le patient ?
Le taux de participation de l'assuré est fixé à 35 %, soit une prise en charge de 65 % par l'Assurance maladie. Une prise en charge intégrale reste possible mais doit être vérifiée au cas par cas, selon :
- le statut de l'assuré et une éventuelle affection de longue durée (ALD) ;
- les exonérations applicables ;
- la détention d'une complémentaire santé.
Concrètement, le patient qui interroge son pharmacien ou son médecin sur le « reste à charge » n'aura pas de réponse unique car tout dépend de sa situation. Savoir expliquer cette nuance évite des incompréhensions au comptoir comme en consultation.
Quel rôle pour chaque professionnel de santé libéral ?
Même sans assurer la primo-prescription remboursée, les libéraux sont en première ligne dans le parcours.
- Médecins généralistes : ils repèrent l'obésité, engagent la prise en charge nutritionnelle de première intention, orientent vers un CSO ou un endocrinologue quand les critères sont réunis puis assurent le suivi et la coordination. Le renouvellement et la surveillance s'inscrivent dans la durée.
- Pharmaciens d'officine : ils délivrent le traitement, vérifient les conditions de prise en charge, rappellent le bon usage des analogues du GLP-1 et accompagnent l'observance. Leur conseil est décisif sur les effets indésirables digestifs fréquents.
- Infirmiers libéraux (IDEL) : ils accompagnent l'éducation à l'injection, le suivi à domicile et l'éducation thérapeutique. Le repérage précoce des troubles nutritionnels relève pleinement de leur rôle de proximité.
- Pédicures-podologues et masseurs-kinésithérapeutes : ils interviennent sur les complications (pied, mobilité, reprise de l'activité physique) et participent à la dynamique pluriprofessionnelle.
L'enjeu commun est un parcours coordonné, où chaque maillon connaît le cadre réglementaire et sait orienter au bon moment.
Questions fréquentes sur le remboursement des médicaments contre l'obésité
Un médecin généraliste peut-il prescrire Wegovy ou Mounjaro de façon remboursée ?
Non. La prescription initiale ouvrant droit au remboursement est réservée aux médecins de recours 2 et 3 (CSO, CHU, SMR de spécialités concernées, endocrinologues liés à un CSO). Le généraliste peut prescrire ces médicaments selon le cadre de l'ANSM, mais sans prise en charge par l'Assurance maladie dans ce cas.
Quel reste à charge pour le patient ?
La participation de l'assuré est de 35 %, l'Assurance maladie prenant en charge 65 %. Une prise en charge intégrale peut s'appliquer selon le statut du patient, une ALD éventuelle, les exonérations et la complémentaire santé. Le reste à charge se vérifie donc au cas par cas.
À partir de quel IMC le remboursement est-il possible ?
Le remboursement vise les patients éligibles à la chirurgie bariatrique : IMC ≥ 40 sans comorbidité ou IMC ≥ 35 avec comorbidité, après échec d'une prise en charge nutritionnelle et en complément d'un régime hypocalorique et d'activité physique.
À retenir
- Wegovy et Mounjaro sont remboursés depuis le 15 juin 2026, sous conditions strictes, pour les obésités massives ou sévères avec comorbidité.
- La primo-prescription remboursée passe par un circuit spécialisé (CSO, CHU, SMR, endocrinologues liés à un CSO) ; la prise en charge est de 65 %.
- Tous les libéraux ont un rôle dans le repérage, l'orientation, la délivrance et le suivi du patient.

