Hépatites B et Delta en 2026 : pourquoi le dépistage reste insuffisant en France

1/10/2026
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Tubes d’analyse sanguine devant une centrifugeuse et un modèle anatomique du foie dans un laboratoire, illustrant le dépistage des hépatites B et Delta.

Publié le 29 septembre 2026, le nouveau numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé publique France remet les hépatites B et Delta au premier plan. En France hexagonale, environ 140 000 personnes seraient porteuses de l’antigène HBs, marqueur d’une infection par le virus de l’hépatite B, et plus de la moitié ignoreraient leur statut.

Le constat est encore plus préoccupant pour l’hépatite Delta : seuls 26 % des patients VHB positifs auraient bénéficié d’un dépistage du virus Delta. Pour les professionnels de santé, l’enjeu est double : mieux identifier les personnes exposées au VHB et penser au VHD dès qu’un antigène HBs est détecté.

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Hépatites B et Delta : deux infections étroitement liées

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Le virus de l’hépatite B peut rester silencieux pendant des années

Le virus de l’hépatite B, ou VHB, se transmet principalement par le sang, les relations sexuelles et de la mère à l’enfant au moment de la naissance. L’infection aiguë passe souvent inaperçue. Lorsqu’elle devient chronique, elle peut progressivement entraîner une fibrose, une cirrhose ou un carcinome hépatocellulaire.

Un patient peut donc être porteur du VHB sans symptôme, sans ictère et parfois sans anomalie clinique évidente. Cette évolution silencieuse explique pourquoi le dépistage ne doit pas dépendre de la seule présence de signes évocateurs.

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Le virus Delta ne peut se développer sans le VHB

Le virus de l’hépatite Delta, ou VHD, est un virus dit satellite. Il utilise l’enveloppe du VHB pour se propager : une infection Delta ne peut donc survenir que chez une personne porteuse de l’antigène HBs.

Cette dépendance biologique ne rend pas le VHD moins préoccupant. La co-infection VHB-VHD est considérée comme la forme la plus sévère d’hépatite virale chronique. Elle est associée à une progression plus rapide de la fibrose, de la cirrhose et du risque de cancer du foie.

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Les chiffres 2026 qui montrent un dépistage encore insuffisant

Le BEH rassemble plusieurs indicateurs importants pour la pratique :

  • la prévalence de l’antigène HBs est estimée à environ 0,3 % en population générale en France hexagonale, soit près de 140 000 personnes ;
  • plus de la moitié des personnes concernées ne connaîtraient pas leur statut sérologique ;
  • la séroprévalence du VHD chez les personnes infectées par le VHB serait comprise entre 3,5 et 6,3 % ;
  • seuls 26 % des patients VHB positifs auraient été dépistés pour le VHD ;
  • 41,6 % des infections Delta seraient diagnostiquées à un stade avancé de cirrhose ;
  • la couverture vaccinale contre le VHB dépasse 95 % chez les enfants de deux ans, mais resterait inférieure à 50 % chez les adolescents.

Ces estimations doivent être lues avec précision. Le chiffre d’environ 140 000 porteurs du VHB repose sur les dernières données françaises disponibles, qui doivent être réactualisées grâce au programme BaroTest 2026. Il ne s’agit donc pas encore d’une nouvelle mesure de prévalence produite en septembre 2026.

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Pourquoi le diagnostic reste-t-il aussi tardif ?

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Des infections souvent asymptomatiques

L’absence de symptômes est le premier obstacle. Un patient peut vivre plusieurs années avec une infection chronique sans ressentir de gêne particulière. Lorsque les premières complications hépatiques apparaissent, la maladie peut déjà être avancée.

Le dépistage doit donc être proposé en fonction des expositions, du parcours de vie et des recommandations, pas uniquement à partir de signes cliniques.

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Un dépistage du VHD encore trop rarement associé au VHB

Lorsqu’un antigène HBs est positif, la recherche d’anticorps anti-VHD n’est pas encore réalisée de manière systématique dans tous les parcours. Le BEH souligne que certains centres hospitaliers ont déjà mis en place un dépistage réflexe, mais que son déploiement en laboratoire de ville reste complexe.

Cette rupture dans le parcours crée une perte de chance : le diagnostic du VHB est posé, mais la co-infection Delta peut rester méconnue jusqu’à l’apparition d’une atteinte hépatique sévère.

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Des populations exposées qui restent éloignées du dépistage

Le BEH insiste notamment sur les personnes originaires de régions de forte endémie, les personnes en situation de précarité, les usagers de drogues, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les personnes présentant des expositions sexuelles ou sanguines. Certaines cumulent une exposition plus importante, une couverture vaccinale insuffisante et un accès irrégulier aux soins.

L’objectif n’est pas d’étiqueter un patient à partir de son origine ou de son mode de vie, mais d’intégrer une évaluation individualisée du risque dans un échange confidentiel et non stigmatisant.

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Dépistage de l’hépatite Delta : quel parcours retenir ?

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Première étape : rechercher une infection par le VHB

La stratégie de dépistage du VHB repose sur l’interprétation de plusieurs marqueurs sérologiques, notamment l’antigène HBs, les anticorps anti-HBs et les anticorps anti-HBc. Leur combinaison permet de distinguer une infection en cours, une immunité vaccinale, une infection ancienne guérie ou une situation nécessitant des investigations complémentaires.

Le dépistage du VHB peut être réalisé dans plusieurs structures, notamment les CeGIDD et les laboratoires de biologie médicale. Le BEH rappelle qu’un accès sans ordonnance est possible en laboratoire de ville dans le cadre prévu par le dispositif national.

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Deuxième étape : rechercher le VHD après un AgHBs positif

Les sociétés savantes européennes et françaises recommandent de rechercher les anticorps anti-VHD lors du diagnostic d’une infection par le VHB. En cas de résultat positif, une recherche de l’ARN du VHD permet de déterminer si l’infection est active.

Le principe du dépistage réflexe est simple : à la première détection d’un AgHBs positif, le laboratoire utilise le prélèvement déjà disponible pour effectuer la recherche des anticorps anti-VHD, sans attendre une nouvelle prescription ou un second prélèvement. Cette organisation est présentée par les auteurs du BEH comme un levier d’amélioration, mais elle n’est pas encore généralisée en ville.

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Troisième étape : répéter le dépistage en présence d’un nouveau risque

Chez une personne porteuse chronique du VHB, un dépistage Delta antérieurement négatif ne protège pas d’une surinfection ultérieure. Une nouvelle recherche peut être indiquée après une exposition sexuelle ou sanguine, un usage de drogues, un séjour en zone d’endémie ou devant une perturbation inexpliquée du bilan hépatique.

Le résultat doit toujours être replacé dans une évaluation clinique et biologique globale. Un AgHBs positif ou un anticorps anti-VHD positif ne suffit pas, à lui seul, à déterminer le stade de la maladie ou la conduite thérapeutique.

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Ce que les professionnels de santé peuvent améliorer dès maintenant

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Médecins : repérer, prescrire et organiser la suite du parcours

Le médecin généraliste peut identifier les situations d’exposition, proposer le dépistage, vérifier si une recherche du VHD a bien été réalisée après la découverte d’un AgHBs positif et orienter le patient vers une prise en charge spécialisée lorsque cela est nécessaire.

L’annonce doit éviter deux écueils : banaliser un résultat positif parce que le patient est asymptomatique, ou au contraire annoncer une complication avant que le bilan complémentaire n’ait été réalisé.

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Infirmiers : ouvrir la discussion et vérifier le statut vaccinal

En consultation, au domicile ou dans un parcours de prévention, l’infirmier peut repérer une exposition au sang, une vaccination incomplète, un suivi interrompu ou une difficulté d’accès aux soins. Il peut également rappeler que le dépistage et la vaccination relèvent de deux démarches complémentaires.

Pour actualiser ses connaissances sur les recommandations, la traçabilité et l’entretien autour de l’hésitation vaccinale, la formation EREVO Promotion de la vaccination est proposée aux infirmiers en classe virtuelle. Sa page indique une prise en charge DPC à 100 % et une indemnisation de 266 euros, sous réserve d’éligibilité, d’agrément et de droits disponibles.

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Pharmaciens et biologistes : sécuriser l’information et limiter les ruptures de parcours

Le pharmacien peut profiter d’un échange vaccinal ou d’une demande de conseil pour orienter vers un dépistage lorsque le contexte le justifie, sans interpréter à distance des résultats complexes. Le biologiste occupe une position centrale pour expliquer la portée des marqueurs, alerter le prescripteur et, lorsque l’organisation le permet, favoriser le dépistage réflexe du VHD.

Une information commune entre prescripteur, laboratoire, pharmacien et patient réduit le risque qu’un résultat positif soit transmis sans qu’une consultation de suivi ne soit organisée.

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La vaccination contre l’hépatite B protège aussi du virus Delta

Il n’existe pas de vaccin spécifique contre l’hépatite Delta. En revanche, puisque le VHD a besoin du VHB pour se propager, prévenir l’infection par le VHB empêche également l’installation du VHD chez une personne non infectée.

La couverture vaccinale élevée des jeunes enfants constitue donc un acquis majeur. Les efforts doivent désormais porter sur le rattrapage des adolescents insuffisamment vaccinés et sur les adultes exposés. L’article EREVO Vaccination 2026 : carnet électronique, HPV et grippe rappelle les enjeux de vérification du statut, de traçabilité et de rattrapage vaccinal.

Pour les infirmiers souhaitant consolider leur pratique de prescription, la formation en e-learning Prescription de la vaccination aborde les maladies à prévention vaccinale, le calendrier et le rattrapage. La page présente un financement FIF PL pouvant atteindre 300 euros, sous réserve d’éligibilité, d’agrément et de budget disponible.

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Pourquoi dépister davantage alors que les traitements évoluent ?

Le dépistage n’a de sens que s’il ouvre sur une évaluation, un suivi et, lorsque cela est indiqué, un traitement. Pour le VHB, les antiviraux permettent de contrôler la réplication virale et de réduire le risque de complications, même s’ils n’aboutissent pas habituellement à l’élimination complète du virus.

Pour le VHD, le bulévirtide a profondément modifié la prise en charge de certains patients atteints d’une infection chronique. D’autres molécules sont en cours d’évaluation. Le BEH présente également les travaux préparatoires à de nouvelles recommandations françaises et un possible élargissement des indications thérapeutiques, sans conclure à un traitement universel.

Ces progrès renforcent l’intérêt d’un diagnostic précoce : attendre la cirrhose pour identifier une co-infection prive le patient d’une prise en charge plus anticipée et d’une surveillance adaptée.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre l’hépatite B et l’hépatite Delta ?

L’hépatite B est provoquée par le VHB. L’hépatite Delta est provoquée par le VHD, un virus satellite qui ne peut se multiplier que chez une personne infectée par le VHB. La co-infection VHB-VHD est généralement plus sévère que l’infection par le VHB seul.

Le virus Delta peut-il exister sans hépatite B ?

Non. Le VHD utilise l’enveloppe du VHB pour entrer dans les cellules du foie et se propager. Une personne qui n’est pas infectée par le VHB ne peut pas développer d’hépatite Delta.

Le vaccin contre l’hépatite B protège-t-il contre l’hépatite Delta ?

Oui, indirectement. En empêchant l’infection par le VHB, la vaccination empêche le VHD de disposer du virus dont il dépend. Elle ne traite toutefois pas une infection B ou Delta déjà installée.

Que signifie un dépistage réflexe du VHD ?

Il s’agit de rechercher automatiquement les anticorps anti-VHD à partir du même prélèvement lorsqu’un antigène HBs est détecté pour la première fois. Cette organisation limite les nouvelles prescriptions, les seconds prélèvements et les pertes de suivi. Elle est encouragée par les auteurs du BEH, mais n’est pas encore généralisée dans tous les laboratoires de ville.

Un AgHBs positif signifie-t-il que le patient a déjà une cirrhose ?

Non. Il indique une infection par le VHB, mais ne renseigne pas à lui seul sur son ancienneté, son activité ou l’état du foie. Des examens complémentaires sont nécessaires pour préciser la situation et rechercher une éventuelle co-infection Delta.

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Sources

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À retenir

  • Environ 140 000 personnes seraient porteuses du VHB en France hexagonale et plus de la moitié ignoreraient leur statut.
  • Seuls 26 % des patients VHB positifs seraient dépistés pour le VHD, alors que la co-infection accélère le risque de cirrhose et de cancer du foie.
  • Toute découverte d’un AgHBs positif doit conduire à vérifier qu’un dépistage du VHD a été réalisé.
  • Le dépistage réflexe peut réduire les pertes de suivi, mais il n’est pas encore généralisé en laboratoire de ville.
  • La vaccination contre le VHB reste le principal moyen de prévenir à la fois l’hépatite B et, indirectement, l’hépatite Delta.

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